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Robert Caro portrait biographie
Portrait

Les secrets de Robert Caro, le plus grand biographe de notre génération.

Robert Caro est un homme qui vit hors du temps. À l’époque où tout s’accélère, il écrit des livres qui demandent une décennie de travail et six mois de lecture.

16 min. de lecture
Valentin Decker
September 29, 2021
16 min. de lecture
Portrait

S’il vous arrive un jour de vous balader à Central Park, tôt un dimanche matin, vous risquez de croiser un homme âgé de 86 ans, pris dans ses pensées.

Entre les joggers et les touristes, vous remarquerez cet homme bien habillé. Il porte des lunettes et, surtout, un costume et une cravate qui dénotent avec l’ambiance d’un dimanche matin.

Cet homme n’est pas là par hasard. Il s’appelle Robert Caro et, comme n’importe quel dimanche matin depuis vingt-deux ans, il se dirige vers son bureau situé de l’autre côté du parc, sur la 57th Street. À proximité de Columbus Circle.

Cette marche matinale est une première occasion pour Robert Caro de rentrer dans son texte. Ni podcast ni musique dans les oreilles ; il réfléchit à ce qu’il a écrit la vieille et aux progrès qu’il doit réaliser aujourd’hui. Son esprit adopte le rythme de ses pieds et ses idées se mettent en mouvement.

Robert Caro est un homme qui vit hors du temps. À l’époque où tout s’accélère, il écrit des livres qui demandent une décennie de travail et six mois de lecture. Son livre du moment ? Le cinquième volume d’une série de biographies sur Lyndon B. Johnson qu’il a démarrée à la fin des années 1970.

Robert Caro n’écrit pas n’importe quel type de livres. Il écrit des œuvres d’art. Des livres gargantuesques. Des livres pour lesquels je manque de superlatifs. Des livres qui nécessitent trop de travail pour un seul homme. Son objet d’étude : le pouvoir.

Inconnu du grand public, il est pourtant l’auteur le biographies le plus respecté de notre époque. Barack Obama estime que “The Power Broker”, le premier livre de Caro, est le livre qui a eu la plus grande influence sur sa carrière politique. Ses livres ont été lus par tous les Premiers Ministres anglais. Lorsqu'il a quitté son poste d'entraîneur de Manchester United, Sir Alex Ferguson a consacré les trois premiers mois de sa nouvelle vie à la lecture de sa série de biographies sur Lyndon Johnson.

Lorsqu’il rend visite à des politiques, ceux-ci lui déroulent le tapis rouge. Ils lui posent les questions qu’ils n’osent se poser à eux-mêmes : peut-on se prémunir de la corruption au pouvoir ? Est-il de possible d’accéder au pouvoir, tout en conversant des convictions fortes et en restant idéaliste ?

Caro répond alors avec amusement que le pouvoir ne corrompt pas. Le pouvoir révèle. "Quand un homme se retrouve dans une position où il n'a plus à s'inquiéter, alors vous voyez ce qu'il voulait faire depuis le début."

Dans cet article portrait, je vous propose de rentrer dans les secrets de Robert Caro, l’un des plus grands biographes de tous les temps.

Déshabiller le pouvoir

Robert Caro démarre sa carrière en tant que journaliste à New-York, dans les années 1960. À cette époque, la ville de New-York est en pleine transformation pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

Pour les besoins de son travail, Caro s’intéresse à tout ce qui constitue la vie et la politique locale. Il tombe alors sur un projet qui le fascine. Il s’agit d’un projet de pont situé au sud de Long Island, censé relier la Oyster Bay à Rye. Le pont est trop grand, impossible à construire et causerait d’importantes perturbations des flux de marée.

Pour les besoins de l’article qu’il souhaite écrire sur le projet, Caro rencontre les principaux élus locaux et personnalités compétentes pour discuter du pont. Tous lui répètent la même chose : le projet n’a aucune chance d’aboutir. Le chantier ne sera pas approuvé lors du vote par le Comité qui doit le valider.


robert caro robert moses biographie


Sauf que le projet est bel et bien approuvé. Le Comité valide le démarrage du chantier avec une écrasante majorité.

Pour les observateurs, cette décision ne fait aucun sens. Caro, qui a rencontré plusieurs membres de ce Comité quelque temps auparavant, ne comprend pas. Ceux-ci lui avaient bien assuré que le projet ne verrait pas le jour.

Pourtant, nous y sommes. Le pont est approuvé sans la moindre résistance.

Robert Caro tente alors de comprendre ce qu’il s’est produit. Il réalise que ce pont n’est pas juste un moyen de transport pour aller d’un point A à un point B.

Ce pont est un instrument de pouvoir. Et l’homme derrière ce revirement de situation inattendu s’appelle Robert Moses.

Pour Caro, il s’agit du moment le plus transformateur de sa carrière. Ses pensées se bousculent dans le taxi qui le conduit depuis Long Island jusque chez lui. “Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent est de la foutaise. J’ai écrit des articles en pensant que le pouvoir dans une démocratie venait des urnes. Mais voici un type, Robert Moses, qui n'a jamais été élu à quoi que ce soit, qui a assez de pouvoir pour faire tourner l'État de New-York tout entier, et je n’ai pas la moindre idée de comment il a obtenu autant de pouvoir. Je me suis dit que si je veux vraiment parler de pouvoir politique, je dois comprendre cela.”

L’œuvre de Robert Moses ne se limite pas à un pont controversé. Moses est l’homme de l’ombre qui façonne la ville de New-York. Pendant 44 ans, il dessine des autoroutes dans la ville. Il construit des ponts. Aménage des parcs. Pour les besoins de ses travaux impossibles, il expulse et reloge près d’un demi-million de personnes.

Si vous vous rendez à New-York, vous marcherez sur l’œuvre de cet homme.

Le plus fou ? Robert Moses n’est pas un homme politique. Il n’a jamais été élu et ne s’est jamais présenté à aucune élection.

Caro veut comprendre la source de son pouvoir. Comment fait-il ? Pourquoi le fait-il ? Quels sont ses réseaux ?

Il s’engage alors dans la première grande œuvre de sa vie : la biographie de Robert Moses, “The Power Broker”. Le livre sort en 1974 et lui permet de remporter le prix Pulitzer.

The Power Broker” est la porte d’entourée vers une fascination qui va guider la vie et la carrière de Caro : comprendre le pouvoir, ses sources et ses manifestations.

Il n’écrit pas pour raconter la vie des personnes dont il rédige la biographie. Il écrit pour analyser et décortiquer leur rapport au pouvoir. Il écrit pour comprendre comment ils ont réussi à accumuler de l’influence. Pour comprendre les ficelles qu’ils tirent pour arriver à leurs fins. “Je vois l’écriture de biographies comme un moyen d'éclairer l'époque dans laquelle ces hommes vivaient et comprendre les grandes forces qui ont façonné cette époque - en particulier la force qu'est le pouvoir politique.”

Le prochain objet de curiosités de Robert Caro ? Lyndon B. Johnson, le 36e Président Américain.

Ce n’est pas tant son passage en tant que Président des États-Unis qui intrigue d’abord Caro, mais plutôt son passage au Sénat. “Johnson a réussi à faire fonctionner le Sénat correctement. Jusqu’à lui, le Sénat était un bazar désordonné et dysfonctionnel. Mais en tant que Leader de la majorité, Johnson parvient à rétablir de l’ordre. Et ce, pendant six longues années. Dès son départ, le bazar reprend. Dans l’ère moderne, Johnson est le seul à avoir réussi cela.”

Robert Caro veut alors comprendre les origines et les sources de son pouvoir.

Comme Moses, Johnson est un personnage trouble et fascinant. Issu d'un petit village du Texas, au cœur des États racistes du Sud, Johnson est un stratège hors pair. Il parvient d'abord à se hisser au Sénat, à la suite d'une élection litigieuse. Ensuite, à la mort de Kennedy en 1963, il devient Président des États-Unis et parvient à se faire élire en 1964 pour prolonger son mandat.

Durant ses 5 ans à la tête du pays, il fait passer des lois majeures, en faveur des minorités persécutées : Medicare, The Voting Rights Act ou encore The Civil Rights Act. Il est également le Président Américain qui va mener la Guerre du Vietnam.

Caro se lance alors dans la seconde grande œuvre de sa vie : la biographie de Lyndon B. Johnson.

Comment devient-on Président des États-Unis d’Amérique ? Comment gravir les échelons ? Quel genre de manœuvres faut-il employer ? Quel genre d’homme faut-il être ? Quelle éducation faut-il avoir reçu ?

Voici les questions qui animent Robert Caro.

Si un doute subsistait encore, Caro le balaie d’un revers de main : il est plutôt du genre marathonien que sprinter. Ce n’est pas un livre que Caro écrit sur Johnson, mais une saga en cinq tomes, "The Years of Lyndon Johnson" :

  • Le premier volume, The Path to Power sort en 1982 ;
  • Le deuxième, Means of Ascent, en 1990 ;
  • Le troisième, Master of the Senate, en 2002 ;
  • Le quatrième, The Passage of Power, en 2012 ;
  • Le cinquième volume est en cours d’écriture. En 2018, Caro a indiqué que ce dernier livre serait prêt d’ici deux à dix ans.

À l’heure où j’écris ces lignes, Robert Caro travaille toujours dessus. Cela fait donc plus de quarante ans, qu’il dédie ses journées à l’étude et au récit de la vie de Lyndon Johnson. Une sacrée claque à l’ère du maintenant perpétuel.

L’étude de la carrière et de la vie de Robert Caro permet de mettre en lumière le Monopole Personnel fantastique qu’il est construit. Robert Caro est parvenu à croiser sa fascination pour le pouvoir, ses compétences de journalistes, son attention extrême pour les détails et sa passion pour les récits biographiques pour assembler un Monopole Personnel unique.




Monopole personnel positionnement


Robert Caro a créé le style “Robert Caro”.

Ses livres sont l’expression la plus pure de sa personnalité et de ses curiosités intellectuelles. Il ne fait aucun compromis dans le choix de ses sujets d’étude ou dans sa manière très longue de les traiter. Caro ne cherche pas à arrondir les angles ou faire simple pour plaire au plus grand monde.

Il s’attache à exprimer et tirer le maximum de sa singularité.

Cela donne des livres exceptionnels et intemporels.


Une obsession pour son travail et son art

Quand il démarre son premier livre, The Power Broker, en 1966, Caro garde d’abord son job de journaliste. Il pense pouvoir cumuler les deux et profiter de cette situation stable pour avancer sans pression.

Mais il réalise rapidement l’ampleur de son ambition. Le livre, qu’il comptait rédiger les soirs et les week-ends, prend la tournure d’une œuvre colossale. La version finale fait 1 200 pages ; et il doit supprimer une bonne partie de son brouillon.

Caro passe sept années épuisantes pour l’écrire. Il quitte son job de journaliste, se trouve au bord de la faillite et est contraint de vendre la maison familiale pour survivre. Chaque matin, il se réveille avec la crainte de ne pas avoir assez de temps pour terminer son livre. Et ce n’est pas la maigre avance que lui donne son éditeur qui lui permet de tenir. Son contrat initial pour The Power Broker stipule qu’il a droit à $5 000 d’avance au total, dont la moitié au début et l’autre moitié à la fin de son travail. Pour sept ans de travail, c’est peu.

Imaginons bien le niveau de courage (et de folie) dont il faut faire preuve pour mettre sa jeune carrière en pause et sa vie en danger afin d’écrire la biographie d’un inconnu.

C’est d’ailleurs ce que lui répète sans cesse l’éditeur qu’il réussit à convaincre de lui suivre : personne n’a envie de lire 1 200 pages sur un illustre inconnu.

Robert Caro est un roseau qui plie sans jamais se rompre. Les doutes sont omniprésents. Il n’y a pas un jour pendant lequel la peur ne s’empare pas de lui. Mais sa détermination et sa résilience ne présentent aucune faille.

“Pendant sept ans, j'ai entendu les gens dire - j'ai entendu mon premier éditeur dire - que personne ne va lire un livre sur Robert Moses. Ce sera un très petit tirage. 

Mais j'y ai cru. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, je me suis dit : "Il est important que les gens le lisent. Voici un type qui n'a jamais été élu à quoi que ce soit, et qui a plus de pouvoir que n'importe quel maire et gouverneur réunis, et il a conservé ce pouvoir pendant quarante-quatre ans. Il a façonné une grande partie de nos vies".

En 1974, Robert Caro met au monde son premier chef-d’œuvre.


Robert Caro The Power Broker
Robert Caro (à gauche) et son éditeur, Robert Gottlieb, à la sortie de The Power Broker, en 1974.


L’écriture de The Power Broker est une prouesse fantastique, mais Robert Caro n’a aucune intention de s’arrêter là. Sa soif n’est pas assouvie.

Si la faim du jeune auteur qui a tout à prouver est certainement un carburant puissant pour son premier livre, Caro doit désormais se réinventer s’il veut poursuivre son œuvre.

Heureusement pour lui, Caro possède la marque des très grands créateurs de notre monde : l’obsession. Son premier livre à peine terminé, il repart en croisade. Cette fois, il veut encore viser plus haut et taper plus fort.

C’est alors qu’il se lance dans l’écriture d’une série de biographies de Lyndon Johnson, qui l’occupe toujours à ce jour, à l’âge de 86 ans.


Une attention pour les détails sans limite

Pourquoi les livres de Robert Caro sont-ils aussi fascinants ?

Robert Caro n’écrit pas comme un historien ou un biographe classique qui se contente d’empiler des anecdotes les unes sur les autres.

Robert Caro puise son inspiration chez Leon Tolstoï et les grands romanciers. Ce qui compte pour ce genre de livre, ce qui fascine Robert Caro, c’est l’alchimie entre le caractère d’un personnage et son environnement. L’important est de comprendre le contexte dans lequel évolue le personnage ainsi que le dessein individuel qui l’anime.

Caro sait qu’il n’est pas possible de comprendre une décision sans posséder une vision complète des forces qui se bousculent autour de celle-ci. Ce n’est jamais simple ou évident. Surtout en politique.

La seule manière de comprendre ce qu’il se passe réellement est de creuser en profondeur. Revenir aux racines des choses. Disséquer les événements qui ont mené à chaque situation.

Cela nous permet de comprendre pourquoi les livres de Robert Caro sont aussi longs : il fait vivre à son lecteur chaque scène, comme s’il était présent. Avec une attention aux détails rarement vue. "Vous devez vous demander : faites-vous en sorte que le lecteur voie la scène ? Et cela signifie : Pouvez-vous voir la scène ? Dans beaucoup de livres, on a l'impression que tout ce qui intéresse l'auteur, c'est de présenter les faits. Mais les faits seuls ne suffisent pas."

Caro veut tout comprendre des personnalités qu’il raconte. Les détails permettent de comprendre la nuance, la richesse et la profondeur des hommes qu’il étudie.

Ainsi, le processus de recherche pour ses biographies est presque scientifique et témoigne d’une incroyable rigueur intellectuelle. Il pourrait se contenter du minimum, mais non.

Robert Caro passe des années entières à se documenter, à lire et à interroger ceux qui auraient des choses à dire. Il ne reste pas dans son bureau, mais se rend sur le terrain.

Pour The Power Broker, Caro réalise 522 interviews de personnes ayant côtoyé, de près ou de très loin, Robert Moses.

Pour sa série sur Lyndon Johnson, il en réalise plus de 1 000.

D’ailleurs, lorsqu’il démarre “The Path to Power”, le premier livre sur Johnson, Robert Caro prend la décision de quitter New-York pour partir s’installer à Hill County, le petit village du Texas qui a vu naître le Président Américain.

Pour lui, il est impossible de raconter l’enfance d’un jeune garçon qui grandit dans une ferme du Texas isolé du monde, depuis New-York. Il veut s’imprégner du lieu de son enfance. Comprendre les valeurs, l’éducation et l’environnement qui ont forgé le jeune Johnson. Il veut comprendre la solitude profonde qu’impose ce genre d’endroit. Ce que cela signifie de n’avoir aucun voisin à vingt kilomètres à la ronde.

Il va donc habiter trois ans à Hill County, au grand désarroi de sa femme, Ina, qui aurait préféré qu’il écrive une biographie sur Napoléon pour qu’ils puissent vivre à Paris.


Robert Ina Caro texas LBJ
Robert et Ina Caro au Texas, sur les traces de LBJ

Sa femme est d’ailleurs mise à contribution et lui est d’une grande aide. Nous sommes dans l’Amérique profonde et les étrangers ne sont pas facilement acceptés, surtout quand ils viennent de New York. Ina est chargée de créer des liens et de discuter avec les femmes qui ont côtoyé Lyndon Johnson.

Pour Ina et Robert, ces années au Texas ne sont pas une punition, mais une “magnifique aventure. Une opportunité pour apprendre, explorer et découvrir un nouveau monde qu’ils ne connaissaient pas”.

Pas question de faire du tourisme pour autant. Les journées de Caro sont consacrées à ses recherches. Quand il ne se rend pas à la bibliothèque Lyndon Johnson, à Austin, pour y consulter les 35 millions de documents, Caro retrouve et discute avec les contemporains de Johnson. "Ils vivaient dans des ranchs isolés - vous sortez d'Austin sur 42 miles, vous tournez à gauche au niveau de l'élevage de bétail... au bout de 30 miles de route non pavée se trouvait une maison et il y avait cette femme dedans, et c'est là qu'elle vivait avec son mari”.

Caro réalise certaines interviews de nombreuses fois. Il se rappelle avoir interviewé Horace Busby, celui qui écrivait les discours de Johnson, plus d’une vingtaine de fois (sans compter les appels impromptus).

Il pose les mêmes questions encore et encore, avec des angles légèrement différents. Il veut tout comprendre et déconstruire la mémoire des gens qui se trouvent en face de lui. Quitte à parfois les mettre en colère.

Pour les besoins de son livre actuel, portant sur les dernières années de Johnson, Robert Caro a prévu de se rendre au Vietnam. Il veut voir de ses propres yeux ce que signifie être un jeune soldat envoyé au front, pour se battre dans la jungle (Johnson était Président lors de la guerre du Vietnam).

Le voyage était prévu en mars 2020, mais le Covid a bousculé ses plans.


Se comporter comme un professionnel

Cela fait maintenant cinquante ans que Robert Caro dédie sa vie à l’écriture de ses livres. Il fait partie du gratin des auteurs de biographies de tous les temps et a écrit des millions de mots.

Malgré cela, l’écriture reste pour lui un combat de tous les jours. Même à 85 ans, ce n’est pas un hobby auquel il s’adonne de temps en temps, quand l’envie le prend.

Robert Caro est un professionnel. L’écriture est son job. Il le prend au sérieux et s’est construit des routines solides pour s’assurer d’avancer chaque jour.

Robert Caro aurait mille occasions de se laisser distraire par le succès atteint et les innombrables invitations prestigieuses qu’il reçoit. Mais il se moque de tout cela. Sa source de plaisir première se trouve dans l’écriture de ses livres. Robert Caro est amoureux du processus. Amoureux du charbon quotidien qui consiste à écrire une ou deux pages de plus et faire un progrès.

Depuis qu’il a commencé à écrire, sa routine n’a pas changé : il rédige 1 000 mots à la main sur un carnet, qu’il retranscrit ensuite sur sa machine à écrire. Chaque jour.

Le succès financier de The Power Broker lui a permis de prendre un bureau à New York. Mais il n’y a ni décoration hors de prix ni vue magnifique sur la skyline de New-York ; il s’agit d’un bureau simple, avec quelques livres et un panneau qui lui permet d’afficher la structure de son livre.

Robert Caro biographie bureau
Robert Caro, dans son bureau


L’écriture est un job et Caro veille à ne pas l’oublier.

“Je suis foncièrement paresseux, mes livres prennent beaucoup de temps et mes éditeurs ne m'embêtent pas. Il est donc très facile de se tromper soi-même en pensant que l'on travaille dur. C'est très facile de ne pas écrire.
C'est pour cela je porte une veste et une cravate quand je m'assois pour écrire. Je fais tout mon possible pour me rappeler que c'est un travail, et que je dois produire chaque jour. La cravate et la veste en font partie.”

Le bureau de Robert Caro lui sert également de sas de décompression entre son travail et sa vie privée. Il permet de marquer une séparation, rythmée par ses marches à travers Central Park. Cela fait quarante ans que Lyndon Johnson occupe ses pensées ; quand il a fini sa session d’écriture du jour, il ne veut plus en entendre parler. Cela lui permet de garder une certaine forme de santé mentale.

Robert Caro ne se laisse pas distraire. Il avance, lentement et inexorablement, vers l’accomplissement de ses œuvres.

Rien ne peut l’arrêter.


La fragilité d’un destin

Robert Caro est aujourd’hui un auteur accompli, sûr de ses forces et satisfait de ce qu’il a accompli.

Mais cela n’a pas toujours été le cas.

Au tout début de sa carrière, après cinq années éreintantes de labeur sur The Power Broker, Caro est submergé par le doute. Il a quitté son job et sa femme a vendu leur maison afin de financer son travail.

Va-t-il réussir à aller au bout de cette œuvre tentaculaire ?

N’est-il pas en train de gâcher les meilleures années de sa jeunesse et de sa carrière naissante pour une biographie que personne ne va lire ?

Caro traverse une zone de turbulence. Il travaille seul dans l’appartement familial et n’a pas personne à qui partager son combat.

À la recherche d’un endroit pour travailler hors de chez lui, Robert Caro rejoint alors une communauté d’auteurs qui se rassemblent à la New York Public Library. Il va y rencontrer d’autres auteurs qui partagent son enthousiasme sur ce qu’il est en train d’écrire. Ils comprennent ses challenges, les difficultés qu’il rencontre et la nature de la tâche épuisante qu’il est en train d’accomplir.

Caro n’est désormais plus seul. Il fait partie d’un groupe d’auteurs, une scenius, qui aspirent à créer des œuvres intemporelles et jamais vues. Comme lui.

Robert Caro déclare d’ailleurs que les amitiés nourries dans ce groupe lui ont donné le courage et la force de volonté nécessaires pour aller au bout de son premier livre.

Les bonnes rencontres au bon moment...

Un destin ne tient pas à grand-chose.


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Maxime Blasco,
le
1
October
2021
Magnifique article Valentin, bravo. Prêt à écrire la biographie de Caro durant les 40 prochaines années ? :)
Valentin Decker,
le
6
October
2021
Merci beaucoup Maxime ! :) Ahah pourquoi pas, ça serait un magnifique projet !
Alain Souloumiac,
le
14
October
2021
J'ai découvert dans cet article un besoin d'auteur que je ressens souvent et dont je n'imaginais pas qu'on puisse le satisfaire: le scenius. Il m'intéresserait de connaître l'origine de ce concept...
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