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Essai

À l'ère de la convenance, je veux plus de nuance dans ma vie

Le convenant et le pratique gouvernent nos vies : IKEA aménage notre appartement et Zara nous habille. Mais en cherchant l’utile et le pratique, nous sacrifions la nuance et la diversité. En tant que créateur / auteur, cela me fait très peur.

9 min. de lecture
Valentin Decker
April 1, 2021
9 min. de lecture
Essai

Dans quelques semaines, je vais signer l’acte d’achat de mon premier appartement. Il s’agit d’un petit studio étudiant de 20 m2, situé à Mulhouse.

L’une de mes premières tâches, après la signature chez le notaire, va être de le meubler afin de le mettre en location.

L’appartement n’est pas très grand, mais je dois tout de même l’équiper pour qu’un étudiant puisse l’occuper : lit, table, cuisine, vaisselle, etc.

L’immobilier n’est pas mon occupation principale et je ne souhaite pas y dédier une part trop importante de mon temps. Plutôt que de passer des journées entières sur la décoration et l’aménagement, je préfère donc aller au plus efficace. Et pour ce genre de choses, “efficacité” rime avec “IKEA”.

IKEA réunit tout ce dont j’ai besoin, dans un seul magasin. Leurs équipements sont abordables, pratiques et simples à monter.

La chaîne suédoise de magasins est une illustration parfaite de la “convenance”.

Ce mot, “convenance”, peut prendre plusieurs sens : conforme aux attentes, approprié, pratique ou encore satisfaisant. IKEA représente tout cela à la fois ; leurs meubles font le job.

Aujourd’hui, la convenance est partout autour de nous. J’ai choisi l’exemple d’IKEA, mais j’aurais pu en prendre d’autres : Zara, Picard, Easyjet ou encore n’importe quelle grande chaîne de télévision.

Ces acteurs remplissent les fonctions que l’on attend d’eux, en nous demandant un minimum d’efforts : ils nous habillent, remplissent notre frigo, nous permettent de voyager et nous divertissent. Ils font le job.

Cette convenance a simplifié de nombreux aspects de notre quotidien. Mais elle a un prix : celui d’une aseptisation et d’une normalisation croissante de nos vies.

En cherchant l’utile et le pratique, nous sacrifions la nuance et la diversité.

En tant que créateur / auteur, cela me fait très peur. Mon rôle n’est pas de chercher la convenance ou d’écrire des textes qui font le job. Mais tout le contraire.

Quand le luxe est accessible en masse

Cette recherche de convenance s’explique d’abord par l’industrialisation croissante de nos pays.

Les gains de productivité réalisés au cours des 50 dernières années ont permis aux entreprises de produire des biens de consommations de qualité standard, en masse, à des prix abordables.

En face, les consommateurs sont ravis de pouvoir s’équiper de produits utiles, qui leur simplifient la vie et leur donnent le sentiment de faire partie de la classe moyenne. 



équipement ménage français


Aujourd’hui, en France, l’écrasante majorité des ménages français possèdent les équipements de base : télévision, ordinateur, téléphone portable ou encore réfrigérateur.

La possession de ce type d’équipements, autrefois synonyme de luxe, est désormais à la portée de (presque) tous.

Ces produits ne sont pas toujours de la meilleure qualité, mais ils sont convenants : pratiques, utiles et prêts à l’emploi. On peut les consommer tout de suite et en retirer le bénéfice promis. Sans prétention.

Cette convenance est un immense luxe. Elle nous fait gagner du temps et nous évite des nœuds au cerveau. Dans la plupart des aspects de nos vies, le “vite fait, bien fait” nous suffit.

Je n’ai pas besoin de passer à 3 heures à comparer toutes les tables basses du marché pour trouver la meilleure. Peu importe le fabricant, je sais que les tables basses d’entrée de gamme sont globalement toutes de qualité équivalente et qu’elles sont vendues à des prix similaires. Il me suffit d’aller chez IKEA et d’en choisir une dans le catalogue.

Dans le milieu de l’entrepreneuriat, ce principe du “vite fait, bien fait”, s’appelle la règle des 80/20 (ou principe de Pareto).

Cette règle explique que 80% des résultats sont la conséquence de 20% des actions.

Formulé autrement, on peut obtenir une solution satisfaisante à notre problème, en fournissant un minimum d'efforts. Comme pour ma table basse IKEA.

Nous avons tellement de tâches à réaliser au quotidien qu’il est impossible de tout maîtriser à 100%. Dans la majorité des situations, une solution qui convient à 80% est suffisante.

L’objectif n’est pas la perfection, mais l’efficacité. Et la convenance.

Cette recherche de convenance s’est tellement emparée de nos vies qu’il est devenu difficile de l’éviter. Nos villes regorgent d’enseignes multinationales qui vendent des produits de qualité standard, que l’on peut trouver partout ailleurs.

Nous mangeons des plats préparés en naviguant sur des sites web qui se ressemblent, avec des logos qui se ressemblent.

design maquette site
Cela vous rappelle quelque chose ?


Encore une fois, la convenance à un intérêt.

Dans la majorité des cas, il est inutile et contreproductif de réinventer la roue. Certaines choses font le job et il serait dommage de s’en priver. Quand on entreprend, faire simple et vite permet de ne pas rester bloqué face à des détails insignifiants.

Mais le risque, c’est d’oublier qu’il existe des domaines de notre vie dans lesquels la convenance est un danger. En s’habituant à la convenance, on met de côté la nuance et la richesse au profit de l’utilitarisme.

Où sont passés la richesse et l’inattendu ?

Cette recherche de la convenance nous a habitués à appliquer des formules toutes faites pour chaque situation. Cela soulève deux problèmes.

  1. Certaines questions ne permettent aucune réponse simple

Existe-t-il une solution, vite fait bien fait à mon problème ? Cette question est devenue un réflexe. Une réaction normale de notre logiciel de pensée.

On oublie qu’il existe des situations dans lesquelles il n’existe pas de recettes prêtes-à-l’emploi. Il existe des problèmes complexes qui ne peuvent se résoudre avec une solution simple.

Ces situations ne sont pas rares, mais présentes partout : l’économie, la politique, les relations sociales, l’environnement, l’entrepreneuriat, etc. 

Si je retiens une leçon de la biographie de Barack Obama, c’est bien que tout est infiniment complexe et rempli de nuances. Faire le bon choix signifie être capable de naviguer entre une multitude d’intérêts divergents et contradictoires.

Le poste de Président des États-Unis est particulièrement exigeant, je vous l’accorde. Mais c’est également vrai à notre petite échelle.

Il arrive que les décisions intuitives se révèlent être des mauvaises solutions ; des “faux amis”. La convenance et le bon sens se transforment alors en catastrophe.

Tout le monde semble avoir un avis tranché et arrêté sur des sujets d’une complexité effrayante. Même le boulanger du quartier a une solution pour faire repartir la croissance nationale et freiner une pandémie mondiale.

Je trouve cela inquiétant.

La vie est un dégradé de gris et d’imprévus.

Chercher à appliquer une solution convenante à chaque situation peut non seulement nous conduire à l’erreur, mais peut aussi être source de frustration.

Quand les choses ne se déroulent pas comme prévu, on se retrouve démuni. Parfois en colère. “Mais... cela marche sans problème d’habitude”.

Nous sommes de moins en moins habitués à la contradiction et acceptons difficilement la nature volatile et imprévisible de certaines choses. 

  1. Même lorsqu’il existe des recettes simples, il n’est pas toujours bon de les appliquer

Continuons dans la nuance.

Chercher la convenance revient également à faire de l’efficacité le seul critère d’analyse pour évaluer une situation ou prendre une situation. 

Mais en fonctionnant ainsi, on se prive d’une multitude d’autres critères valables et intéressants.

La beauté. L’inattendu. Le surprenant. L’originalité. Les émotions. L’héritage. La tradition.

Bref, tout ce qui ne semble pas avoir d’utilité immédiate et pratique, mais qui existe tout de même pour une raison.

Le style architectural des immeubles parisiens est différent du style lyonnais ou rennais.


style architecture ville


Quand on regarde les bâtiments historiques de nos villes, on comprend tout de suite qu’ils n’ont pas simplement été construits pour être utiles, fonctionnels et rentables.

Ils témoignent d’une envie de proposer une architecture belle, inattendue, mémorable et ancrée dans son territoire local. D’une volonté de marquer les esprits et d’être reconnu comme une ville d’exception.

En revanche, nos villes perdent en saveur à mesure que l’on s’éloigne de ces centres-villes historiques. On retrouve partout les mêmes zones industrielles, barres d’immeubles et ronds-points.

Le beau et l’inattendu ont été sacrifiés pour l’efficace, le convenant et le rentable.

Pourtant, il est intéressant de se demander ce qui fait le charme et l’attractivité d’une ville. Pourquoi une ville attire-t-elle des touristes, des passionnés d’art ou d’histoire ? D’où vient sa renommée ? 

Certainement pas pour les zones périphériques à son centre-ville, aussi pratiques, peu chères et convenantes soient-elles pour les politiques publiques.

La convenance est l’ennemi de la profondeur et de l’originalité.

La convenance rêve d’un monde où toutes les villes sont identiques, afin de pouvoir se repérer facilement.

Moi, je rêve de me perdre dans des villes qui ne ressemblent à aucune autre.

En tant que créateur, mon rôle est de fuir la convenance

Cet article est le fruit de plusieurs mois de maturation dans ma tête. Si j’ai mis aussi longtemps à l’écrire, c’est parce que je me suis laissé le temps de bien comprendre ce que je voulais dire pour articuler mes idées au mieux.

C’est exactement pour cela que j’écris : parce que c’est difficile et que cela me demande de me creuser la tête. Écrire me pousse à m’ouvrir vers de nouvelles idées et manières de voir le monde. Écrire me permet de ne pas me reposer sur une seule vision du monde, biaisée et convenante.

Écrire me pousse dans mes retranchements et me permet de devenir quelqu’un de meilleur.

L’un des événements qui m’a servi de déclencheur pour cet article a été de voir passer ce post dans un groupe Facebook : 


IKEA à la sauce Linkedin : des templates de publications “ultra-performants” pour réussir à coup sûr. La convenance pour tirer le maximum d’une plateforme avec le minimum d’effort, de réflexion et de profondeur.

Avec 300 personnes qui souhaitent en profiter pour continuer à inonder la plateforme des mêmes posts copiés-collés.

Je comprends pourquoi ce post est populaire : ces personnes n’ont pas envie de passer trop de temps sur Linkedin, mais souhaitent tout de même y être présentes.

Personnellement, en tant qu’auteur, je fuis ce genre de choses.

L’écriture est mon cœur de métier. Mon rôle n’est pas de chercher la facilité ou l’efficacité, mais d’apporter de la profondeur et de la richesse. 

Je me moque d’écrire des articles “top 10 des meilleures accroches Linkedin” qui feraient le job.

Mon obsession n’est pas de faire comme les autres, mais de créer un style unique et différent. De créer un univers personnel. À la manière d’un artisan, je veux que mes articles me ressemblent. Qu’ils aient ma patte.

Je ne veux pas écrire des contenus courts, avec une durée de vie de quelques heures. Je veux avoir le temps d’expliquer et de poser ma pensée.

En travaillant sur cet article, j’ai également compris que je ne veux pas réduire la qualité de mes articles pour toucher la plus vaste audience possible. Je veux que mes articles soient lus par des personnes qui prennent le temps et font l’effort nécessaire.

Je ne veux pas chercher le plus petit dénominateur commun, mais essayer - modestement - d’élever le niveau et me remettre en question.

Et je ne peux pas arriver à faire cela en cherchant la convenance.

Lorsque l’on souhaite réellement maîtriser son art (en ce qui me concerne, l’écriture) le diable se trouve dans les détails et les petites choses.

À cet égard, la convenance est mon ennemi. J’essaie d’agir de manière intentionnelle pour la fuir et m’ouvrir à des idées différentes au quotidien. Les quelques exemples qui me viennent sont modestes mais contribuent à cela.

En février 2021, j’ai travaillé avec un freelance sur la refonte complète du site et de l’identité graphique de Sauce Writing.

Le principe essentiel qui nous a guidés était le suivant : je ne veux surtout pas un site qui ressemble aux autres et à mes “concurrents”. Je veux des couleurs différentes du blanc et du bleu que l’on voit partout. Je veux créer un univers différent et mémorable.

D’ailleurs, j’ai choisi le nom “Sauce Writing” car je le trouvais imagé et unique. Je voulais éviter à tout prix une solution convenante et sans âme comme “rédaction-web” ou “copywriting en français”.

Je n’ai pas la prétention d’avoir créé quelque chose d’exceptionnel ; mais j’ai le sentiment d’avoir un début d’identité singulière et différente (malgré le peu de moyens que je peux y consacrer).

Je veille également à varier au maximum les thématiques des livres que je lis pour m’ouvrir à d’autres univers. Parmi mes dernières lectures :

  • Ces messieurs de St Malo de Bernard Simiot : un roman historique qui parle des aventures d’une famille d’armateurs de St Malo au XVIIè siècle
  • Jurgen Klopp : Football frisson de Raphael Honigstein : la biographie de Jurgen Klopp, le meilleur coach de football du moment
  • Le monde de Miyazaki de Susan Napier : un livre qui raconte et décortique l’oeuvre du réalisateur japonais Miyazaki
  • L’amant de Marguerite Duras que je m’apprête à commencer

Je me moque de lire des livres qui vont m’être utiles sur le moment et que je vais pouvoir appliquer dans la foulée. Je veux me nourrir et laisser ma curiosité s’exprimer. Nous devenons le type de contenus que nous consommons.

J’essaie d’appliquer la même hygiène à ma principale source d’inspiration : mon feed Twitter. J’aime suivre les grands entrepreneurs américains de la Tech, mais j’aime aussi lire et suivre ceux qui les critiquent. J’essaie de conserver un panel d’idées politiques assez large et représentatif (même si c’est parfois difficile à supporter).

Ma liste d’articles à lire est également très variée et semble faire peu de sens de l’extérieur. Mais elle me permet de voir un maximum de nuances de gris.


inspiration écriture article


Bien sûr, je n’applique pas cette discipline à tous les aspects de ma vie. Très souvent, la convenance prend le dessus.

Mais l’écriture est mon activité principale. Je me dois d’aller plus loin et élever sans cesse la qualité de mes productions.

Et vous ? Dans quel domaine avez-vous besoin de fuir la convenance pour chercher de la nuance ?


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Ludivine P.,
le
2
September
2021
Un article qui fait réfléchir et qui nous invite à être davantage nous-mêmes, en nous détachant des "résultats immédiats", qui nous sont vendus à cor et à cris... d'ailleurs tiens, ça me donne une idée d'article ;)
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